Relations entre Activité Physique Adaptée et troubles anxieux/ attaque de panique (3/3)
Suite et fin de l'article sur les effets de l'activité physique sur l'anxiété. Les 5 points à retenir
Les 2 précédentes parties de ce même article sont toujours lisibles ici et là.
Intérêt de la VFC chez les personnes atteintes de trouble Panique
La variabilité de la fréquence cardiaque correspond à la variation de temps entre deux battements du cœur sur une période de temps. Récemment des études ont montrées une diminution de la VFC chez des patients présentant des troubles anxieux. Cette diminution semble traduire une diminution du tonus parasympathique et une activation du système sympathique qui traduirait une perturbation des mécanismes émotionnels (Servant D et al., 2008 [46]). Ceci suggère que le VFC est un indicateur de la capacité à faire face au stress et à réguler les émotions [47 - 49].
Friedman et Thayer en 1998 [50] ont proposé un modèle de l’anxiété impliquant une dysrégulation du SNA c’est à dire un dysfonctionnement dans les processus inhibiteurs du SNA. Cette désinhibition induirait une diminution du système parasympathique sur la VFC et une orientation de l’attention vers les éléments menaçant. Selon une autre étude de D. Servant en 2008 [51], les techniques améliorant la VFC pourraient apporter ainsi une réduction des effets délétères du stress et de l’anxiété et prévenir les attaques de paniques. Dans cette logique F.-X Gamelin et al., en 2008 [52] étudia les effets de l’entrainement aérobie sur la VFC au repos. Il en résulte que l’entrainement aérobie majore le tonus parasympathique. Selon eux et à la vue des différentes études, il semble que pour induire cette modification, l’intensité soit de l’ordre de 80% du VO2max et la durée supérieure à huit semaines. Les adaptation au niveau du SNA à destinée cardiaque semblent étroitement liées à celles permettant d’améliorer le VO2max et laissent supposer qu’il existe des déterminants communs entre la VFC et le VO2max. Ainsi même si l’effet de l’entrainement sur la VFC reste mal compris la mesure de la VFC reste un outil intéressant notamment chez les personnes atteintes de trouble panique. Nous pouvons ajouter qu’outre l’activité physique, plusieurs études montrent que différentes techniques de relaxation et de méditation augmentent significativement la VFC (Terathougkum S et al., 2004 [53]).
Les modalités d’exercice
D’une façon générale les modalités d’exercices rejoignent les recommandations effectuées [22], [30]. A savoir des exercices d’une intensité variant entre 60 et 80% de la FCmax et une durée aux alentours de 30 minutes. Deux études ont utilisées un programme d’exercice physique sur plusieurs semaines. Pour l’étude de Broman-Fulks et al., 2008, les sujets ayant une sensibilité à l’anxiété élevée effectuent (pour le groupe exercice) six séances de 20 minutes sur tapis roulant entre 60 et 90% de leur FCmax (trois fois par semaine). Dans cette étude l’exercice aérobie d’intensité élevée semble plus efficace que l’exercice aérobie d’intensité légère dans la réduction de l’anxiété. L’étude de Hovland et al., (2013) observe un protocole d’exercice diffèrent. Ceux-ci effectuent toujours le même type d’exercice sur un laps de temps cours. En effet, la fréquence et la durée des exercices de cette étude ont été basés entre autre sur les recommandations de recherches précédentes, sur l'exercice physique avec des sujets souffrant d'anxiété. Le jour 1, portait sur l'augmentation de la capacité aérobie à travers des séances composées de 60 minutes de marche de longue distance, rester dans la zone de travail entre 60-80% de la FCmax. Le jour 2 est axé sur l'augmentation de la force musculaire par la formation de circuit training. Enfin au jour 3, les exercices qui varient en intensité, ont été réalisés, y compris les sports et les jeux, avec des éléments de concurrence. Ströhle et al., (2009) étudie les sujets (groupe expérimental, sujets TP/A n= 12 et groupe témoins, sujet sain n= 12) à deux reprises (séparés d’une semaine) pour deux conditions '' rester au calme ''ou ''exercice ''. L’exercice consiste en une marche sur tapis roulant pendant 30 minutes à 70 % VO2max (déterminé avant l’expérience).
Conclusion
En conclusion, la recherche existante souligne le potentiel de l'exercice comme une intervention complémentaire pour les troubles anxieux. Des travaux antérieurs sur les mécanismes potentiels des effets anxiolytiques de l'exercice ont démontré que l'exercice est associé à des processus physiologiques, psychologiques et comportementaux. Des études complémentaires sont néanmoins nécessaires afin de mieux comprendre des mécanismes encore flous et de préciser les modalités d’intervention à long terme dans le but de renforcer la légitimité de l’exercice physique comme une option de traitement viable pour les TP/A. Au meilleur de notre connaissance, aucun questionnaire sur l’activité physique n’a été validé dans les personnes atteint de troubles paniques. Les résultats révèlent qu'il existe un grand besoin pour les chercheurs à adopter un consensus clair sur l'évaluation de l'activité physique chez les personnes souffrant de troubles paniques. Ainsi que des recommandations relatives aux types d’activités physiques.
Les 5 informations à retenir
1- La relaxation est la pratique non médicamenteuse la plus cité dans la littérature.
2- Les personnes atteintes de troubles panique peuvent avoir une conduite aversive de la pratique physique lorsqu’elles craignent certaines sensations physiques, mais cela s’avère être une bonne situation d’exposition.
3- L’activité physique semble moins efficace qu’une TCC mais contribue à améliorer de nombreux symptômes.
4- A court terme l’exercice physique dans les limites de recommandations de l’INSERM à un effet tant au niveau physiologique que psychologique, il reste important de privilégier le plaisir à pratiquer durant une activité, celle-ci étant plus efficace avec un superviseur.
5- Malgré des progrès pharmacologique et psychothérapeutiques, le trouble panique laisse encore des cas de non réponse aux traitements (20 à 40%) et laisse la place à d’autres techniques comme l’exercice physique [53].
ARTICLE REDIGÉ par Sandrine Morel pour la Commission APA & Psychiatrie de la SFP-APA
Bibliographie
[1] Palazzolo J, Pinna C : Apprendre à gérer son stress – L’expérience d’un champion, l’expérience d’une vie. Chiron, Paris, 2005.
[2] André, C. et Muzo. Petites angoisses et grosses phobies. Seuil, Paris, 2002.
[3] André, C. Chapitre : « Régulation émotionnelle : une aide à la prise en charge des troubles anxieux », in : Les troubles anxieux. Paris, Lavoisier, 2014 (sous la direction de JP Boulenger et JP Lépine) pp 18-27
[4] Pelissolo A. Troubles anxieux et névrotiques. EMC traité de medecine Akos 2012 ;7(3) : 1-11 [Article 7-0150]
[5] O.Boukhezra et Ph. Courtet. Chapitre : « génétique de l’anxiété », in : Les troubles anxieux. Paris, Lavoisier, 2014 (sous la direction de JP Boulenger et JP Lépine) pp 18-27
[6] Goldstein RB, Wickramartine PJ, Horwath E, Weissman MM. Familial aggregation and phenomenology of ‘early’-onset (at or before age 20 years) panic disorder. Arch gen psychiatry, 1997, 54 : 271-278.
[7] Hettema JM, Neale MC, Kendler KS. A review ans meta-analysis of the genetic epidemiology of anxiety disorder. Am j psychiatry, 2001, 158 : 1568-15678.
[8] Deckert J, Catalano M, Syagailo YV et al. Excess of hight activity monoamine oxydase a gene promoter alleles on female patients with panic disorder. Hum mol genet, 1999, 8 :621-624.
[9] American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mentale Disorders, (4th ed). Washington DC, 1994. Traduction française par Guelfi. Paris : Masson ; 1996.
[10] Rapee, R.M., Craske, M.G., & Barlow, D.H. Subject described features of panic attacks using a new self monitoring form. Journal of Anxiety Disorders. 1990, 4, 171-181
[11] Rapee, R. M., Litwin, E. M., & Barlow, D. H. Impact of life events on subjects with panic disorder and on comparison subjects. American Journal of Psychiatry,1990, 147, 640–644.
[12] Klerman GL, Weissman MM, Ouellette R, et al. Panic Attacks in the community. Social morbidity and health care utilization. 1991;265:742–6.
[13] Malphettes E. Prise en charge de l'attaque de panique aux urgences. THESE pour le DIPLOME D'ETAT DE DOCTEUR EN MEDECINE GENERALE, 2006.
[14] Inserm (dir.). Troubles mentaux : Dépistage et prévention chez l'enfant et l'adolescent. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2002, XXII- 887 p. - (Expertise collective). - http://hdl.handle.net/10608/165
[15] Noyes R, Jr., Reich J, Christiansen J, Suelzer M, Pfohl B, Coryell WA. Outcome of panic disorder. Relationship to diagnostic subtypes and comorbidity. Arch Gen Psychiatry 1990;47(9):809-18.
[16] Katschnig H, Amering M, Stolk JM, Klerman GL, Ballenger JC, Briggs A, et al. Long-term follow-up after a drug trial for panic disorder. Br J Psychiatry 1995;167(4):487-94.
[17] Lepola U, Koponen H, Leinonen E. A naturalistic 6-year follow-up study of patients with panic disorder. Acta Psychiatr Scand 1996;93(3):181-3.
[18] Milrod B, Busch F. Long-term outcome of panic disorder treatment. A review of the literature. J Nerv Ment Dis 1996;184(12):723-30. 83
[19] Buller R, Winter P, Amering M, Katschnig H, Lavori PW, Deltito JA, et al. Center differences and cross-national invariance in help-seeking for panic disorder. A report from the cross-national collaborative panic study. Soc Psychiatry Psychiatr Epidemiol 1992;27(3):135- 41.
[20] Klerman GL, Hirschfeld RMA. Panic anxiety and its treatments. In: World Psychiatric Association Presidential Educational Task Force; American Psychiatric Press; 1993.
[21] Petruzello SJ, Landers DM, Hafield KA, et al. Meta-analysis on the anxiety reducing effects of acute and chronic exercise. Sports Med 1991;11:143—82.
[22] Salmon P. Effects of physical exercise on anxiety, depression, and sensitivity to stress: A unifying theory. Clinical Psychology Review. 2001, 21; 33-61.
[23] De Moor MH, Beem AL, Stubbe JH, Boomsma DI, De Geus EJ. Regular exercise, anxiety, depression and personality: a population-based study. Prev Med.2006;42:273–279.
[24] Ströhle A. Physical activity, exercise, depression and anxiety disorders. JNeural Transm. 2009, 116(6):777-784. doi:10.1007/s00702-008-0092-x.
[25] De Matos MG, Calmeiro L, Da Fonseca D. Effet de l’activité physique sur l’anxiété et la dépression. Presse Med 2009;38(5):734-9.
[26] Wipfli, B. M., Rethorst, C. D., and Landers, D. M.The anxiolytic effects of exercise : a meta-analysis of randomized trials and dose-response analysis. J.Sport Exerc.Psychol.2008, 30, 392–410.
[27] Ekkekakis P, Hall EE, Petruzzello SJ. The relationship between exercise intensity and affective responses demystified: To crack the 40-year-old nut, replace the 40-year-old nutcracker! Ann Behav Med. 2008; 35(2):136–149.
[28] Ekkekakis, P., Hall, E.E., & Petruzzello, S.J. Practical markers of the transition from aerobic to anaerobic metabolism during exercise: Rationale and a case for affect-based exercise prescription. Preventive Medicine.2004; 38 (2), 149-159.
[29] De Moor MH, Boomsma DI, Stubbe JH, Willemsen G, De Geus EJ. Testing causality in the association beetween regular exercice ans symptomes of anxiety and dépression. Arch gen psychiatry, 2008, 65 : 897-905.
[30] Inserm (dir.). Activité physique : contextes et effets sur la santé. Rapport. Paris : Les éditions Inserm, 2008, XII - 811 p. - (Expertise collective). - http://hdl.handle.net/10608/97.
[31] Taylor, Steven. Understanding and treating panic disorder: Cognitive-behavioural approaches. John Wiley & Sons Ltd, 2000.
[32] TORDEURS, D., JANNE, P., APPART, A., et al. Efficacité de l’exercice physique en psychiatrie: une voie thérapeutique?. L'Encéphale, 2011, vol. 37, no 5, p. 345-352.
[33] Berger B, McInman A. Exercise and thequality of Life. In: Singer R, Murphy N,Tenent LK, editors. Handbook of research onsport psychology. New York: McMillan; 1993.p. 729-60.
[34] Fox K. The effects of exercise on self-perceptions and self-esteem. In: Biddle S,Fox K, Boutcher S, editors. Physical activityand psychological well-being. London: Rout-ledge; 2000. p. 88-117
[35] Harvey SB, Hotopf M, Overland S, Mykletun A. Physical activity and common mantel disorders. Br J Psychatrie, 2010, 48 : 238-245.
[36] BROOCKS, Andreas, MEYER, Tim F., BANDELOW, Borwin, et al. Exercise avoidance and impaired endurance capacity in patients with panic disorder. Neuropsychobiology, 1997, vol. 36, no 4, p. 182-187.
[37] Broman-Fulks JJ, Berman ME, Rabian BA, Webster MJ. Effects of aerobic exercise on anxiety sensitivity. Behaviour Research and Therapy. 2004, 42; 125-136.
[38] Esquivel, G. et al. Acute exercise reduces the effects of a 35% CO2 challenge in patients with panic disorder. Journal of Affective Disorders.2008, 107, 217–220.
[39] Ströhle, A. et al. Acute exercise ameliorates reduced brain-derived neurotrophic factor in patients with panic disorder. Psychoneuroendocrinology. 2010, 35, 364-36.
[40] MARTINOWICH, Keri, MANJI, Husseini, et LU, Bai. New insights into BDNF function in depression and anxiety. Nature neuroscience, 2007, vol. 10, no 9, p. 1089-1093.
[41] SEN, Srijan, DUMAN, Ronald, et SANACORA, Gerard. Serum brain-derived neurotrophic factor, depression, and antidepressant medications: meta-analyses and implications. Biological psychiatry, 2008, vol. 64, no 6, p. 527-532.
[42] KOBAYASHI, Keisuke, SHIMIZU, Eiji, HASHIMOTO, Kenji, et al. Serum brain-derived neurotrophic factor (BDNF) levels in patients with panic disorder: as a biological predictor of response to group cognitive behavioral therapy. Progress in Neuro-Psychopharmacology and Biological Psychiatry, 2005, vol. 29, no 5, p. 658-663.
[43] Vaillancourt, L., Bélanger, C. Étude exploratoire des attitudes envers l'activité physique chez les sujets souffrant d'un trouble panique. Revue canadienne des sciences du comportement. 2010, Vol 42(4), 293-301.
[44] National Institute for Health and Clinical Exellence. Anxiety : management of anxiety (panic disorders with or without agoraphobia, and généralised anxiety disorders) in adults in primary, secondary and community care. London : Nice. 2004.
[45] Hovland, A. et al. Comparing physical exercise in groups to group cognitive behaviour therapy for the treatment of panic disorder in a randomized controlled trial. Behavioural and Cognitive Psychotherapy FirstView. 2013, 41, 408-432.
[46] SERVANT, D., LOGIER, R., MOUSTER, Y., et al. La variabilité de la fréquence cardiaque. Intérêts en psychiatrie Heart rate variability. Applications in psychiatry. 2008.
[47] Appelhans BM, Luecken LJ. Heart rate variability as an index of regulated emotional responding. Rev Gen Psychol 2006;10:229—40.
[48] Friedman BH, Thayer JF. Autonomic balance revisited : panic anxiety and heart rate variability. Biol Psychol 1998;44:243—63.
[49] Thayer JF, Lane RD. A model of neurovisceral integration in emotion regulation and dysregulation. J Affect Disord 2000;61:201—16.
[50] Friedman BH, Thayer JF. Anxiety and autonomic flexibility: a cardiovascular approach. Biol Psychol 1998;47:243—63.
[51] Servant D, R. Logier R, Mouster Y, Goudemand M. La variabilité de la fréquence cardiaque. Intérêt en psychiatrie. L’encéphal (sous presse).
[52] GAMELIN, F.-X., BERTHOIN, S., et BOSQUET, L. Effet de l’entraînement aérobie sur la variabilité de la fréquence cardiaque au repos. Science & Sports, 2009, vol. 24, no 3, p. 128-136.
[53] Terathongkum S, Pickler RH. Relationships amoung heart rate variability, hypertension, and relaxation techniques. Journal of Vascular Nursing.2004;22:78–82.
[54] Roth WT. Diversity of effective treatments of panics attacks : what do they have in common ? Depress Anxiety, 2010, 27 : 5-11.
[56]HOVLAND, Anders, JOHANSEN, Henning, SJØBØ, Trond, et al. A Feasibility study on Combining Internet-Based Cognitive Behaviour Therapy with Physical Exercise as Treatment for Panic Disorder—Treatment Protocol and Preliminary Results. Cognitive behaviour therapy, 2015.
Complément bibliographiques :
Ströhle A. Physical activity, exercise, depression and anxiety disorders. J Neurol Transm 2009;116(6):777-84.
Guezennec CY. Effets de l’exercice physique et de l’entraînement sur la neurochimie cérébrale. Conséquence comportementale. Ann Med Psychol 2008;66: 813—6.
Callaghan P. Exercise: a neglected intervention in mental health care? Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing. 2004, 11; 476-483.