Relations entre Activité Physique Adaptée et troubles anxieux/ attaque de panique (2/3)

Publié le par Paquito BERNARD

Mots clés : anxiété  enseignant APA  psychiatrie  troubles anxieux 

Après le succès de la première partie de l'article de Sandrine Morel, membre de la commission Psychiatrie, voici la seconde partie de son article sur les relations entre activité physique adaptée et troubles anxieux/ attaque de panique.

Activité physique et Trouble anxieux : Ce que nous savons
Intérêts de la pratique

La recherche a mis en évidence que l’exercice diminue les niveaux d’anxiété chez les individus ayant une anxiété modérée à élevée [21, 22]. L’étude d’une cohorte importante (N=5061) soutient que l’exercice régulier est associé à des niveaux bas d’anxiété, de névroses en général [23]. A l’inverse, il y existe des preuves solides attestant d’une relation entre un faible niveau d’activité physique et des niveaux accru d’anxiété [24]. Les réponses physiologiques à l’exercice intense régulent les états psychologiques négatifs à travers les changements des systèmes sérotoninergiques centraux et l’augmentation de la production d’endorphines [21].

Plusieurs revues de littératures ont fait état des effets de l’exercice sur l’anxiété [21,22,25,26]. En ce qui concerne l’intensité d’une séance les plus grands effets ont été observés pour des intensités entre 60% et 69% de la FCmax et supérieures à 80% de la FCmax [21]. Dans cette logique Cox et al. (2004) ont étudiés la différence entre une séance d’intensité modérée (60% VO2max) et élevée (80% VO2max). Les résultats ont montré une diminution de l’anxiété significativement plus élevée pour l’exercice de haute intensité.

Cependant d’autres recherches suggèrent que l’exercice d’intensité élevé peut susciter une aversion pour les personnes inexpérimentées. En effet, Ekkekakis et al. [27] ont évoqué que l’inconfort expérimenté au début d’un programme d’activité physique peut augmenter les affects négatifs. Pour certaines pathologies notamment le trouble panique, les intensités élevées peuvent être source d’angoisse. Par conséquent, un programme d'activité physique d'intensité modérée est susceptible d'être préférable à une activité plus vigoureuse, et permet une adhésion plus élevé [28]. De plus, lorsque l’on a recours à l'activité physique dans le traitement de pathologies comme les troubles anxieux, il est important de considérer le plaisir et la satisfaction ressentis lors de l'activité physique. En effet, plus le plaisir associé à l'activité physique est grand, meilleurs seront les bénéfices sur le bien-être psychologique [22,25].

L’activité physique apporte aussi des bénéfices au niveau de la sensation de maîtrise et du sentiment d’efficacité, selon DeMatos [25] et expliquerai les effets de l’activité physique sur l’anxiété et la dépression. Il abordera aussi l’intérêt du «time-out », qui correspond au temps de distraction et donc au détournement de l’attention des signes de malaise physique ou psychologique. Ce «time-out » serait à l’origine des bienfaits de l’activité physique sur l’anxiété. En conclusion, les hypothèses qui tentent d’expliquer l’effet d’une activité physique s’orientent tant autour de la biochimie que de la psychologie, sans oublier le plaisir et la satisfaction à pratiquer à une intensité d’exercice adapté à l’individu.

Recommandations pour les modalités de pratique


Depuis longtemps l’activité physique régulière a été observée soit comme une stratégie utilisée par les patients anxieux (ça me fais du bien de faire de l’exercice), soit à travers de nombreuses études. Cependant les résultats ne sont pas univoques [29]. Il apparait clairement que l’exercice nécessite une observance quant à sa durée, son intensité et à sa régularité. Ainsi en 2008, une expertise collective de l’Inserm [30], a délivré des conseils pratiques pour diminuer les niveaux d’anxiété :

-       Travail de type aérobie (marche) ou de renforcement musculaire, 3 à 5 fois par semaines, à intensité modérée, par séquences de 30 minutes.

-       Pendant au moins 12 semaines consécutives

-       Effets notés dès 8 semaines

-       En groupe ou individuellement avec un enseignant en APA

Dans ce sens Taylor (2000) [31] a démontré que  l’exercice physique d’intensité modérée réduit les effets de l’anxiété, et peut réduire également le trait d’anxiété. De plus au-delà du symptôme anxieux la pratique d’une activité physique semble améliorer la qualité de vie des individus ainsi que leur santé physique et mentale [25].

 À la question de savoir quels types d’activités permettent une meilleure distinction entre les patients ayant diminué leur symptômes et ceux qui les ont peu diminués, D Tordeur [32] explique que la gymnastique «forte» et le vélo ont obtenus des résultats plus prégnant que la petite gymnastique et la « grande » promenade, chez une cohorte de personnes ayant des troubles anxieux, dépressifs et addictifs. De plus les personnes atteintes de troubles anxieux (et aussi les personnes atteintes de troubles dépressifs) pratiquent plus comparativement aux personnes psychotiques ou souffrant d’addiction.

Outre la diminution des symptômes, les effets de l’activité physique sur l’amélioration de l’image corporelle, de l’estime de soi et des relations sociales semblent plus évidents quand les programmes sont d’au moins 6 mois [25].  Les activités en plein air et hors du contexte habituel semblent aussi plus efficaces [33], tout comme les activités aérobies ou, à court terme l’entraînement de force (par exemple lever des poids) [34].

Concernant l’encadrement, les études obtiennent de meilleurs résultats lorsque l’exercice physique est conduit en groupe sous la tutelle d’un professeur (Harvey SB et al,. en 2010 [35]). Ce qui devait inciter les services hospitaliers à proposer systématiquement de telles activités à tous les patients hospitalisés.

 

Activité physique et Trouble anxieux
Ce que nous savons
 

Un grand nombre d’études ont mis en évidence les effets positifs induits par l’exercice physique sur la diminution des symptômes anxieux pour le trouble panique. Cependant, les sensations attribuables à l’activité physique et celles aux troubles paniques sont en certains points similaires (tachycardie, augmentation du rythme respiratoire …). Certaines études rapportent en effet, l’évitement de sensations physiques, notamment la pratique d’activités physiques (Broocks et al., 1997 [36]). Ceci pourrait constituer une composante de maintien du comportement phobique. Ainsi l’exposition répétée à ces sensations peut diminuer les craintes de celles-ci de façon similaire à d’autres techniques (Broman-Fulks et al., 2004 [37]). Il est cependant difficile de savoir si ces effets sont dus à des changements du métabolisme aérobie ou à une exposition de sensations intéroceptive.

Celles-ci ont suggéré la pertinence d’une évaluation des effets à long terme de l’exercice dans un contexte clinique [22] afin de pouvoir comparer l’exercice à une psychothérapie existante, et ainsi déterminer sa légitimité. Bien que cela aurait été intéressant nous ne parlerons pas de l’effet de l’activité physique sur le

s comorbidités du trouble panique tel que les addiction, les problèmes coronariens, la dépression etc ... Les articles présentés s’axent sur des explications biologiques, psychologiques et cognitivo-comportementales, quant aux effets de la pratique physique chez des personnes souffrant de TP/A.

Au niveau Physiologique

L’effet anti-panique de l’exercice
En 2007, Esquivel et al., [38] démontre que l’exercice réduit les effets panicogéniques (induisant des symptômes de panique) d’une inhalation de 35% de CO2 chez des sujets atteints de TP/A. L’on observe un effet inhibiteur de l’exercice plutôt que cumulatif avec un niveau élevé de lactate et de CO2 inhalé.

La Diminution des marqueurs du stress
Une autre étude cette fois ce basée sur les marqueurs du stress (Ströhle et al., (2010)[39] consistait à mesurer la concentration de facteur de croissance des cellules nerveuses (BDNF) post exercice. Le BDNF serait impliqué dans la l'anxiété, selon Martinowich et al, (2007) [40] et sa diminution dans l’hippocampe a été corrélée au comportement dépressif et au stress induit (Sen et al, 2008 [41] ). Chez les patients atteints de troubles paniques, les faibles concentrations de BDNF ont été associées à une faible réponse au traitement cognitivo-comportemental (Kobayashi et al., 2005 [42] ). Les résultats de cette étude[39] démontrent que 30 minutes à 70 % de VO2max d'exercice aérobie a augmenté de manière significative les concentrations de BDNF chez les patients souffrant de trouble panique. En revanche, l'exercice n'a pas augmenté les concentrations de BDNF chez les sujets témoins en bonne santé. Ces résultats indiquent que la concentration de BDNF peut être associée à l'efficacité thérapeutique de l'exercice.

Au niveau psychologique

Une exposition aux sensations intéroceptives
L’étude de Vaillancourt, L et al. (2010) [43] démontre qu’il est probable que la crainte des activités physiques ainsi que le caractère de dangerosité que les sujets TP/A attribuent à ces activités s’explique par leur propension à interpréter leur sensations physique comme pouvant avoir des conséquences néfastes sur leur santé. Les résultats de cette étude démontrent que les sujets avec TPA interprètent de façon plus catastrophique et stéréotypée les symptômes physiques de l’AP. Les sujets craignent certaines sensations physiques qui peuvent être ressenties durant la pratique d’activités physiques, tel que la tachycardie (70 %), les vertiges (66 %), les bouffées de chaleur (57 %), le sentiment d’irréalité (41 %) pour les résultats majeurs. 

En conclusion puisque de manière générale, les sujets TP/A ressentent moins de plaisir et appréhendent d’avantage les symptômes issus de l’activité physique, il serait pertinent d’encourager leur exposition à ce type d’activité.

Diminution de la sensibilité à l’anxiété
Et cela s’avère intéressant puisque en 2004 Broman-Fulks et al., [37] démontrent que l’activité aérobie semble réduire la sensibilité à l’anxiété, précurseur des troubles paniques. En effet, les individus ayant une sensibilité élevée à l’anxiété exagèrent et interprètent les sensations physiologiques ce qui contribue à augmenter les attaques de panique, comme nous venons de le voir.  L’exercice qui produit des réponses physiologiques identiques à celles de l’anxiété (par exemple : fréquence cardiaque et respiratoire augmentées), provoque une habituation à ces stimuli et par conséquent une diminution de la peur associée.

Comparaison avec une thérapie cognitivo-comportementale
 

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est actuellement la thérapie la plus utilisée dans le traitement du trouble panique (Institut national pour la santé et l'excellence clinique, 2004 [44]), ce qui en fait une thérapie pertinente contre laquelle l’exercice peut être comparé. L’étude de Hovland et al., (2013) [45] a pour objectif de comparer les effets d’une psychothérapie (TCC) à ceux d’un exercice physique pour le traitement des troubles paniques jusqu’à 12 mois de suivi. Cette étude a pour caractéristique de présenter deux groupes (un groupe pratiquant de l’exercice physique et un groupe pratiquant une TCC) mais pas de groupes témoins, ce qui a d’ailleurs, a été souligné dans la limite de l’étude. Ils utilisent 8 questionnaires afin de comparer l’activité physique à la TCC. Les mesures concernent dans un premier temps, des conduites relatives à l’évitement (Agoraphobia Mobility Inventory), la peur de la peur (Agoraphobic Cognitions Questionnaire), la crainte des sensations corporelles (Body Sensations Questionnaire) ainsi que la détresse et la fréquence des attaques de panique, et dans un second temps l’anxiété générale (Beck Anxiety Inventory) et la dépression (Beck Depression Inventory – version II), ainsi que la qualité de vie (Quality of Life Inventory : QoLI).

Dans les résultats obtenus, la TCC est plus efficace au fil du temps sur toutes les mesures, à l'exception de l’évaluation de la peur de la peur. L'exercice physique a abouti à d'importants effets à la fois sur la peur de la peur et des sensations corporelles, comme l'a fait la TCC. Toutefois, l’activité physique semble moins efficace qu’une TCC mais contribue à améliorer de nombreux symptômes comme nous pouvons le voir sur le graphique.

Dans sa dernière étude Hovland et al.,  (2015), étudièrent l’effet combiné de la TCC  et d’une activité physique [56].Les résultats indiquent que le traitement combiné est la faisable en terme d’adhérence aux traitements, et que la combinaison des deux traitements est perçu par les participants comme bénéfiques. Le protocole comprenait une prise en charge en TCC combinée avec une session hebdomadaire et supervisée de deux séances d'exercice physique sans surveillance pour un total de 12 semaines.

Limite des études
A travers leurs résultats ces études montrent certaines limites. En effet, celles-ci incluent toujours des sujets motivés par la pratique d’une AP ce qui n’est pas toujours le cas comme le souligne Vaillancourt, L et al. (2010) [43]. Mais ce qui limite le plus les résultats des études exposées sont la petite taille des échantillons et le peu de mesures à long termes.

Il est rare de trouver des études portant sur le rôle de l'exercice sur la santé, qui utilisent des méthodes de recherche qualitative, observative, la preuve en est qu’aucune des études présentée ci-dessus  ne comporte cette démarche. Une mesure quantitative intéressante à pourtant fait l’objet de nombreux articles : la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC).

Pour patienter jusqu'à la derniere partie de l'article, un présentation plus détaillée en anglais

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Société Française des Professionnels en Activité Physique Adaptée