Activités Physiques Adaptées et cancer pédiatrique
Nous avons eu l'occasion de rencontrer Aline Herbinet, Enseignante APA et titulaire d'un Doctorat STAPS à l'Université de Nancy. A. Herbinet a construit l'étude APOP avec l'équipe de Nancy. Cette étude a donné lieu à une publication internationale. Elle a accepté pour les lecteurs du site de la SFP-APA de nous rédiger le résumé de l'étude.
Merci à elle.
L’objectif de l’étude APOP (Activités Physiques en Oncologie Pédiatrique) est d’évaluer scientifiquement l’influence de la pratique d’activités physiques à l’hôpital sur la qualité de vie liée à la santé (QVLS) des enfants et adolescents âgés de 5 à 18 ans, soignés pour un cancer, mise en place dans le service d’onco-hématologie Pédiatrique (CHU Nancy) par Aline Herbinet.
Depuis 1991, l’introduction des Activités Physiques (AP) dans ce service pilote a observé de manière subjective leur impact positif psychique et physique. De façon à promouvoir cette approche, il a été indispensable, de déterminer les meilleurs outils de mesure de l’amélioration de la QVLS afin d’objectiver scientifiquement le bénéfice de ces interventions. Les demandes d’implantation de cette pratique dans divers services pédiatriques ont fait émerger une question essentielle : comment mesurer l’éventuelle amélioration de la qualité de vie chez des enfants hospitalisés pour le traitement d’un cancer ? A ce sujet, plusieurs points sont à relever. En premier lieu, le caractère novateur en AP et donc l’absence de littérature dans ce domaine pendant la phase de traitement, lors de l’hospitalisation. Et enfin la rareté de grilles d’évaluation validées en français permettant de répondre à cette problématique.
Procédure APOP : La population d’étude est constituée d’enfants et adolescents soignés pour un cancer, âgés de 5 à 18 ans, hospitalisés dans le service oncologie pédiatrique de l’Hôpital d’Enfants du CHU Nancy-Brabois, entre juin 2005 et juin 2006. Il s’agit d’un essai d’intervention randomisé afin d’évaluer l’efficacité d’une intervention à base d’activités physiques sur la QVLS. Les mesures de QVLS ont été prises à l'aide de quatre questionnaires adaptées à l’âge des sujets et validées en français. La QVLS de l’enfant est mesurée, en Cross over sur 4 mois à l’entrée et à la sortie de son hospitalisation de plus de trois jours (sujet étant son propre témoin sur un mois où le sujet fera des AP durant son séjour, ou n’en fera pas) au moyen du Child Health Questionnaire (CHQ), du Questionnaire de mesure de la Qualité de Vie des adolescents (VSP-A), de l’Auto questionnaire de Qualité de Vie enfant imagé (AUQUEI) et enfin du PedsQL (Maesurement Model for the Pediatric Quality of Life Inventory).
Résultats : L’échantillon était composé de 30 enfants (moyenne ± écart-type : 13 ± 3 ans). L’analyse en crossover n’a montré ni effet période, ni interaction séquence*période mais un effet significatif de l’activité physique adaptée pendant l’hospitalisation. Ainsi, quel que soit le répondant, les scores de qualité de vie liée à la santé étaient significativement plus élevés lors des séjours hospitaliers avec APA pour les dimensions suivantes : Fonction Physique (score moyen avec APA: 62,2 ± 4,6 / score moyen sans APA : 51,4 ± 4,7; p<0,0001), Rôle Physique (avec APA : 46,7 ± 4,7 / sans APA : 36,2 ± 4,7; p=0,0011), Santé Mentale (avec APA : 59,1 ± 1,7 / sans APA : 50,7 ± 1,7; p≤0,0001), Estime de Soi (avec APA : 62,1 ± 1,0 / sans APA : 50,2 ± 2,2; p<0,0001) et Comportement général (avec APA : 82,5 ± 1,4 / sans APA : 80,5 ± 1,4; p=0,01). Exceptée pour la dimension Comportement général, les mêmes dimensions ressortaient significatives lorsque les parents reportaient la qualité de vie liée à la santé de leur enfant ; les scores moyens des dimensions étaient les suivantes : Fonction Physique (avec APA: 56,5 ± 4,7 / sans APA : 43,4 ± 4,7; p<0,0001), Rôle Physique (avec APA : 39,1 ± 4,3 / sans APA : 27,4 ± 4,3; p=0,0014), Santé Mentale (avec APA : 57,4 ± 2,0 / sans APA : 47,1 ± 2,0; p≤0,0001) et Estime de Soi (avec APA : 63,1 ± 2,0 / sans APA : 48,9 ± 2,0); p<0,0001). Une dimension supplémentaire ressortait significative chez les parents lorsque les enfants faisaient de l’APA pendant le séjour à l’hôpital ; cette dimension portait sur la Souffrance physique (avec APA : 46,7 ± 1,9 / sans APA : 40,6 ± 1,9; p=0, 0004). De plus, les parents avaient tendance à sous-estimer la qualité de vie liée à la santé de leur enfant comparé à l’enfant lui-même.
Conclusion : La pratique d’activité physique adaptée durant l’hospitalisation est donc associée à une meilleure qualité de vie liée à la santé des enfants atteints d’un cancer et ce dans la plupart des dimensions psychologiques et physiques. Mais ces résultats sur un faible échantillon nécessitent d’être confirmés par une étude plus large incluant des sujets hospitalisés pour d’autres raisons que le traitement d’un cancer.