Paralympiques, dopage et autres dérives

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Bonjour,

Cet article fait suite au récent article publié dans le Midi Libre (consultable ici : http://www.midilibre.fr/2012/09/02/la-face-sombre-et-cachee-des-jeux-paralympiques,556133.php)

Beaucoup de propos (parfois choquants d’ailleurs) dans certains commentaires de cet article qui montrent toute la méconnaissance du handicap et tout le chemin qui reste à faire pour réduire les représentations négatives, les stigmatisations, les discriminations à l'égard des personnes en situation de 'différence' dans notre société.

Il ne faut pas oublier que derrière les athlètes présents aux paralympiques se trouvent souvent des personnes dont la vie a été radicalement bouleversée par un accident ou une maladie. La pratique sportive a été, pour certains, un véritable outil de réadaptation, une forme de revanche contre le handicap, pour d’autres une renaissance, un défis ou tout simplement une façon d’exceller malgré la différence et de se réaliser pleinement.

Dans les paragraphes suivant, le pronom ‘il’ remplace « l’athlète handisport », indifféremment qu’il s’agisse d’un homme ou une femme.

Au delà de tout cela, les motivations des athlètes handisports sont celles de tout sportif de haut nouveau : la passion pour leur sport, la victoire, la gloire, et parfois même l’argent. Il n’est donc pas étonnant que les jeux paralympiques soient le théâtre des mêmes dérives que les autres compétitions sportives internationales (politisation par les états, tricheries diverses dont fait partie le dopage…). Je comprends qu’on puisse être choqué que des athlètes handisports aient recours au dopage ; ce phénomène à combattre chez tous les sportifs –hommes ou femmes, handicapés ou non- à tous les niveaux. Mais il convient d’être choqué ni plus ni moins que par le dopage d’autres de nos idoles sportives non handicapées (et ce n’est pas l’actualité qui me contredira).

Donc, oui, le dopage est un fléau ! Et oui le handisport est aussi concerné. Maintenant (comme pour les JO), tous les participants aux jeux paralympiques ne sont pas dopés.

Il convient de donner quelques précisions sur ce fameux ‘boosting’ qui fait couler beaucoup d’encre dans les médias ces derniers jours. Il s’agit d’un « avantage » ou plutôt d’une particularité physiologique,  utilisé(e) dans les compétitions d’endurance longue principalement, et réservé(e) finalement à un nombre très restreints de participants des paralympiques, en fait aux seuls sportifs ayant eu une blessure de la moelle épinière (sportifs en fauteuil roulant), et certains d’entre eux uniquement. Essayer de casser un orteil droit à un athlète amputé tibial gauche ou à un non-voyant, il est probable qu’il ne courra pas mieux le 100m pour autant ! Alors de quoi s’agit-il ? La blessure de la moelle épinière entraîne des altérations de la sensibilité et de la motricité de zones du corps reliée par les nerfs situés sous le niveau de la lésion, ainsi que des perturbations de l’activité du système nerveux autonome, chargé notamment de la régulation de l’activité de divers organes, dont celle du système cardiovasculaire (fréquence cardiaque et tension artérielle). En infligeant à une partie de son corps où il n’a plus de sensibilité, un stress (une distension de la vessie qu’il évite de vidanger, par exemple) ou une blessure, une auto-mutilation (un coup violent, une forte piqûre de la peau, un serrage trop marqué des courroies de fauteuil, une fracture osseuse, un choc électrique…) dont il ne souffrira pas, le sportif (essentiellement paraplégiques hauts, >D6 pour les connaisseurs, ou tétraplégiques) compense en partie la déficience de son système cardiovasculaire, en induisant une réponse de son système nerveux autonome. Ceci lui permet d’avoir une meilleure réponse cardiovasculaire au cours de l’effort qui peut effectivement lui assurer un gain de 15 à 20% sur sa performance (en d’autres termes, de ‘booster’ sa performance, d’où le nom de « boosting »). Il s’agit donc bien d’un procédé externe artificiel visant à augmenter la performance, susceptible de nuire à la santé du sportif. C’est donc bien là une pratique illicite contraire à l’éthique sportive apparentée au dopage, et intégrée au règlement antidopage de l’IPC, interdite depuis 1994 et pour laquelle des contrôles sont effectués depuis les jeux de Sydney.

Il ne s’agit pas seulement de ‘se retenir d’aller uriner’ comme le soulignent certains commentaires, expression impropre soit dit en passant, puisque uriner ne constitue pas un acte volontaire chez les sportifs concernés qui ne peuvent donc généralement pas se ‘retenir’. Ceci n’aurait probablement pas d’effets néfastes chez le commun des mortels. Il s’agit ici de créer une véritable distension de la vessie par rétention du contenu urinaire.

Ce type de manipulations sont susceptibles d’induire des altérations de la régulation de la tension artérielle (poussée hypertensive mal contrôlée, malaise) et des dysfonctions encore mal évaluées à court, moyen et long terme des organes ainsi maltraités de façon répétée. 

En ce qui concerne les catégories, le problème est complexe : il s’agit pour le comité d’organisation paralympique de permettre aux sportifs handisports de concourir le plus équitablement possible, dans une catégorie où les handicaps sont regroupés de la façon la plus homogène possible (histoire d’éviter de faire concourir sur le même 400m d’athlétisme des sportifs en fauteuil et des non-voyants, par exemple). La catégorie à laquelle vous êtes associé est définie par une expertise médicale suivant un protocole précis. A plusieurs reprises en effet, certains sportifs ont pu être tentés de fausser leur classification afin d’avoir davantage de chances de victoire, d’où la particulière vigilance des experts médicaux et paramédicaux.

Afin de limiter le nombre des catégories, on regroupe parfois dans une même catégorie des athlètes dont le niveau de déficience peut être finalement assez différent, ce qui peut pénaliser certains sportifs. Malgré cet effort des instances internationales pour le réduire, le nombre de catégories impose des finales et des médailles plus nombreuses qu’aux jeux olympiques, ce qui peut perturber le spectateur non averti.

Pour conclure, je regrette aujourd’hui que la qualité de jeux paralympiques et des athlètes, le niveau des performances sportives soient en partie occultés par des pratiques probablement très minoritaires, du dopage en général et du « boosting » en particulier. Je préférerais voir le public français, spectateurs et téléspectateurs, se passionner pour ces compétitions, soutenir dans un élan collectif leur équipe nationale, et accueillir les héros médaillés sur les Champs Elysées, comme ce fut le cas il y a quelques semaines. Mais les télévisions et autres médias en ont encore décidé autrement, oubliant de nous faire partager l’émotion des compétitions, et de nous faire vibrer au cours de ces 14e paralympiades d’été.      

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