Résumé de l’actualité (mouvementée ?) autour de l’Activité Physique Adaptée

Posté le 24 juin 2016 par Benjamin CANTELE - Commentaires (6)

Le 26 Janvier dernier était adopté à l’assemblée nationale l’article de loi suivant : « Dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d'une affection de longue durée, le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient. Les activités physiques adaptées sont dispensées dans des conditions prévues par décret. » A la première lecture nous pouvons nous réjouir de voir enfin le rôle de l’activité physique en prévention secondaire et tertiaire souligné dans un texte de loi. La seconde lecture en revanche se doit d’être plus fine. En effet, s’il est fait mention à une activité physique adaptée, le terme employé ici ne correspond pas au concept d’Activité Physique Adaptée (APA), support de l’enseignant en APA, enseigné depuis plus de 35 ans dans les UFR STAPS en France. Dans les faits, la question majeure que soulève ce texte est : quels professionnels pour mettre en œuvre l’activité physique telle que décrite ici ?

Positionnement de la SFP-APA

A la SFP-APA, depuis que cette question se pose, nous n’avons cessé de penser la réponse en termes de parcours de santé pour le patient. En s’appuyant sur de nombreux exemples de dispositifs, en fonctionnement depuis des années, nous avons plaidé pour une coordination réfléchie des différents acteurs et ce au service des patients. L’idée était de positionner l’enseignant en APA au cœur de ces dispositifs, entre le monde médical et sportif (voir note aux députés de novembre 2015). Malheureusement, ce texte de loi a entraîné des actions de lobbying largement déraisonnables de certaines corporations, comme le conseil de l’ordre national des masseurs kinésithérapeutes, laissant peser le doute sur notre intégration dans les décrets, qui doivent définir les modalités concrètes d’application de cette loi.

La rédaction des décrets et le groupe de travail de la Direction Générale de la Santé

Pour arbitrer les débats sur la question des professionnels à intégrer dans ces dispositifs et pour orienter la rédaction des futurs décrets, la Direction Générale de la Santé a mis en place au premier trimestre 2015 un groupe de travail piloté par le Pr Xavier Bigard, dont l’objet était de répondre à la question suivante : « Activité physique et prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques : quelles compétences pour quels patients ? Quelles formations ? ». Ce groupe de travail intégrait des représentants de professionnels paramédicaux (masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes), associations de patients et pour nous représenter des Universitaires en STAPS membres de la C3D et/ou de l’AFAPA.

La SFP-APA n’était pas présente dans ce groupe de travail, et il a été parfois difficile de suivre l’avancée des réflexions. Ainsi nos actions ont principalement été d’ordre pédagogique. Ces évènements ont été l’occasion de nous rapprocher de nos partenaires - l'association nationale des étudiants en STAPS (ANESTAPS), l'Association des chercheurs en activités physiques et sportives (ACAPS), l'Association francophone en activité physique adaptée (AFAPA), la conférence des directeurs et doyens STAPS (C3D STAPS), le conseil national des universités section 74 (CNU 74), et la société française de santé publique (SFSP) - avec la signature d’une note rendant compte « d'un attachement collectif à défendre et valoriser le rôle de l'enseignant en APA dans l'accompagnement à l'activité physique des personnes à besoins spécifiques et la formation universitaire STAPS en Activité Physique Adaptée et Santé (APA-S) ». Plusieurs réunions avec les ministères impliqués, santé, sport, et enseignement supérieur ont eu lieu et ont été l’occasion de leur faire part de nos revendications :

  • Le diplôme de la licence STAPS APA-S doit apparaitre explicitement parmi les diplômes requis pour encadrer les activités physiques adaptées auprès de personnes atteintes de pathologies chroniques dans la rédaction des décrets concernant les intervenants.
  • Les titulaires d'une licence APA-S (enseignants en APA) devrait pouvoir exercer leurs compétences dans toute structure accueillant des personnes atteintes de pathologies chroniques.
  • Le diplôme de Master APA-S apparaît comme requis pour tout métier lié à l'ingénierie (conception, réalisation, coordination et évaluation) des programmes en APA.   

Le 16 juin dernier, le Pr Xavier Bigard rendait compte des résultats du groupe de travail à la Direction Générale de la Santé lors d’une journée organisée par la Chaire sport santé bien-être de l’université de Poitiers. La principale information de ce rapport est présentée sous la forme d’un tableau, où les professionnels de santé (masseurs-kinésithérapeutes), du sport (éducateurs sportifs) et les enseignants en APA apparaissent attachés à différents niveaux d’encadrement en fonctions des caractéristiques des patients. À la dernière lecture, nous étions intégrés dans tous les niveaux de pratique. Pour les curieux, il suffit de suivre le hashtag #jssbe16 sur twitter...

La suite ?

Il reste encore beaucoup de travail quant aux périmètres d'intervention qui seraient définis pour les enseignants en APA, comme pour les autres professionnels. Afin que toutes les professions puissent exprimer leur potentiel, la SFP APA se positionne encore pour une collaboration réfléchie et intelligente des différents acteurs impliqués dans le parcours de santé des patients. Dans cette politique de sport-santé, la SFP-APA participe au groupe de travail de la Haute Autorité de la Santé sur la promotion et la prescription d’une activité physique adaptée. Nous sommes donc en place et bien reconnu dans le paysage de la santé en France.

Nous voulons saluer le travail de la DGS mené par le Pr Xavier Bigard. Le travail réalisé et ce type de document n’est pas anodin car il pose les premières pierres d’un travail de longue haleine de collaboration interprofessionnelle dans le domaine du sport, de l’éducation, de la santé et servira, nous l’espérons, aux formations initiales pour parfaire la connaissance des professionnels agissant ensemble sur le terrain. Comme énoncé précédemment, cette production a souvent été mise en danger par un lobbying exacerbé des représentants des masseurs-kinésithérapeutes. Nous avons vu paraître différents communiqués, articles, et même le relais de certains députés en question à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, pour discréditer le travail des enseignants en APA sur le terrain. Face à cela, nous avons gardé notre calme. La réponse de la ministre à ces questions les renvoie tout simplement au rapport du groupe de travail de Mr Bigard et au travail de concertation qui aura lieu pour l’écriture des décrets. Une fois de plus, nous ne militons pas pour le remplacement de nos collègues masseurs-kinésithérapeutes au sein des établissements de santé. La SFP-APA cherche la reconnaissance de la profession d’enseignant en APA, et en aucun cas nous ne voulons nous accaparer leurs compétences dans le domaine de la rééducation. Dans cette optique, et sur une mise en demeure du conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes, nous avons placé une note d’avertissement au sein de notre référentiel d’activité et de compétences. Nous travaillons souvent sur les mêmes plateaux techniques, avec les mêmes interlocuteurs mais notre cœur de métier est bien différent et nos objectifs poursuivis également. Il nous faut également nous rapprocher des partenaires sociaux pour travailler à une reconnaissance de l’enseignant en APA dans les différentes conventions collectives, sur la base de notre référentiel d’activité et de compétences.

Le futur n’est pas tout tracé et nous continuerons à argumenter notre place au sein des différentes structures mettant en valeur la place importante de l’activité physique dans la prise en charge des personnes accueillies. Nous n’oublions pas pour autant que le concept d’APA ne peut se résumer à des données biologiques et que la santé est un triptyque bio-psycho-social. Nous espérons en effet que les atteintes psychiques, psychologiques, sociales seront prises en compte rapidement pour un mode de vie actif de tous les Français.

Nous sommes donc confiants pour les jours à venir, continuons à travailler pour notre reconnaissance et soyons toujours plus nombreux au sein de l’association afin de nous permettre d’accéder à nos revendications plus facilement.

Le bureau de la SFP-APA.

A propos de Benjamin CANTELE

Président


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